En Ardenne, beaucoup de fonds de vallées, mêmes étroits, ont été plantés d’épicéas dans le but de rentabiliser ces espaces en bordure des cours d’eau. Ces plaines alluviales constituent le lit majeur des ruisseaux et rivières, occupés quelques semaines par an ou plus sporadiquement, lorsque les fortes précipitations provoquent des « inondations ». Les conditions de croissance et d’exploitation sur sols hydromorphes n’étant pas optimales, les arbres poussent mal et n’offrent qu’un faible rendement. Ces plantations sont par ailleurs particulièrement sensibles aux maladies et sujettes aux chablis.
Les plantes sauvages typiques des fonds de vallée humides (prairies de fauche, pâtures extensives,...) très particuliers, et leur cortège d’espèces animales de toutes sortes, ne peuvent se développer dans les plantations de résineux qui laissent peu de place à la lumière. Cela a aussi pour effet de supprimer le rôle normalement joué par les vallées en tant qu’élément de liaison entre divers sites naturels de grande valeur. La difficulté, sinon l’impossibilité pour certaines espèces de papillons par exemple, de circuler d’un site à un autre et de mélanger ainsi leurs gènes au sein de leurs populations, affaiblissent ces dernières ou les condamnent à disparaître.
Dans l’optique de rendre une place à la nature dans les fonds de vallées en Ardenne, le projet intitulé « Protection et développement des éléments de liaison du réseau écologique transfrontalier dans la région des Ardennes belgo-luxembourgeoises » (programme Interreg III-A) a démarré depuis le 1er mai 2004.
Le périmètre du projet
Le périmètre du projet, d’une superficie totale de plus de 80.000 hectares, couvre le territoire des communes wallonnes de Bertogne, Gouvy, Houffalize, et Laroche-en-Ardenne (57.032 ha) et luxembourgeoises de Clervaux, Eschweiler, Troisvierges, Weiswampach et Wincrange (23.184 ha). Bien que faisant partie du Parc, les communes wallonnes de Sainte-Ode et Tenneville n’ont pas été incluses dans le projet pour éviter une trop grande disparité avec les communes du Grand-Duché en terme de superficie.
Objectifs du projet
Le projet vise la restauration et la préservation des milieux et des éléments de liaison linéaires du réseau écologique transfrontalier, essentiels en tant qu’habitat et couloir de communication et d’échange pour de nombreuses espèces animales et végétales indigènes. Plus précisément, ce sont les vallées de l’Ourthe, de ses deux branches orientale et occidentale et de tous leurs affluents qui sont visés. Notre initiative s’inscrit dans la politique européenne de conservation du patrimoine naturel visant l’établissement du réseau de sites protégés Natura 2000.
Les haies et arbres solitaires sont aussi des éléments constitutifs de la trame du réseau écologique en milieu rural agricole. De ce fait, diverses actions visent leur entretien, gage de leur maintien, en collaboration avec les agriculteurs.
Une place importante est réservée à l’information et la sensibilisation du grand public et des principaux acteurs locaux directement concernés par l’aménagement du territoire, le patrimoine naturel, la gestion de l’eau, l’agriculture, la sylviculture, le tourisme…
Les résultats visibles sur le terrain: 95 hectares de fonds de vallées offerts à la nature
Dans les zones identifiées comme prioritaires en raison de leur valeur écologique actuelle ou potentielle, il est proposé aux propriétaires de fonds humides enrésinés qui le souhaitent une compensation financière basée sur la valeur d’avenir du peuplement.
En contre partie, les propriétaires s’engagent via la signature d’un contrat à exploiter leurs plantations d’épicéas et à ne pas y replanter de résineux ni d’essences feuillues exotiques pendant une durée de 30 ans. Les propriétaires qui le souhaitent peuvent replanter des essences feuillues indigènes adaptées à la station telles que l’aulne glutineux par exemple.
Sur les 400 propriétaires contactés, une centaine ont volontairement choisi de déboiser – moyennant compensation financière –au total 95 hectares (53 ha en Belgique et 42 ha au Grand-Duché de Luxembourg) de plantations de résineux en fonds de vallées et/ou en zones de sources. Ces terrains déboisés sont répartis sur environ 55 sites différents.
Dans la mesure des budgets disponibles, les propriétaires qui ont participé au projet ont pu choisir entre rester propriétaire du terrain ou vendre celui-ci à une association de conservation de la nature (réserve naturelle RNOB ou Région wallonne en Belgique et Fondation Hëllef fir d’Natur au Grand-Duché de Luxembourg) en vue de la création d’une réserve naturelle.
Ne pouvant ensuite plus replanter de résineux pendant 30 ans minimum, la majorité d’entre-eux ont choisi de vendre leurs terrains. Cependant, certains ont préféré conserver les terrains et en assurer eux-même la gestion.
La gestion des terrains déboisés
Trois orientations ont été possibles pour la gestion selon les objectifs fixés :
1) Evolution naturelle vers une recolonisation forestière : sans intervention humaine, la végétation indigène évoluera vers une forêt secondaire particulièrement bénéfique pour la faune indigène (avifaune et entomofaune).
2) Sylviculture d’essences indigènes : plantation d’essences feuillues indigènes adaptées à la station (aulne glutineux, érable sycomore, frêne…).
3) Maintien du milieu ouvert par pâturage extensif : les milieux les plus riches d’un point de vue biodiversité et présentant toutes les garanties de gestion à long terme en fonction des contraintes (limites budgétaires, accessibilités du site…) et des opportunités particulières à chaque site (propriétaire agriculteur…) seront gérés par pâturage extensif après avoir été nettoyés par andainage ou gyrobroyage.
Les effets bénéfiques sur le paysage
L’ouverture des fonds de vallées a permis d’améliorer la diversité des paysages et, par conséquent, l’attrait touristique de la région des Ardennes belgo-luxembourgeoises.
Renforcement de la coopération transfrontalière entre wallons et luxembourgeois
La Valllée de la Woltz-Weierbaach : une collaboration exemplaire
Bien qu'elle porte deux noms - Woltz en Belgique et Weierbaach (lieu-dit Aal Waasser) au Grand-Duché de Luxembourg - il s'agit bien d'une même petite rivière aux eaux claires et chantantes qui prend sa source près du village de Limerlé (Gouvy) et qui, par un hasard de la topographie, rejoindra non pas l'Ourthe et la Meuse, mais bien le Rhin via la Woltz, la Clerve, la Sûre et la Moselle.

Entre 1991 et 2000, la Fondation Hëllef fir d'Natur a acheté au total 3,6 ha de prairies humides et de coupes à blanc d´épicéas le long de son cours luxembourgeois. Ces parcelles s´insèrent dans un vaste complexe de prairies humides regroupées dans la zone Natura 2000 « Troisvierges-Cornelysmillen ». Afin de restaurer les prés fleuris caractéristiques des fonds de vallées humides, la Fondation collabore avec un berger local possédant un troupeau de moutons de race rustique. La restauration exemplaire de ce site a pu profiter du concours de fonds européens par l´installation d´une clôture électrique spécialement adaptée au pâturage ovin, en remplacement des anciennes clôtures mobiles.
Du côté belge de la frontière, nous nous devions de poursuivre le travail !
En deux ans, le PNDO a permis le déboisement de plus de 8 ha dans cette vallée. L'association Natagora en a acheté trois. Cinq autres ont fait l'objet d'une convention de gestion écologique avec deux propriétaires. En définitive, ce n'est pas moins de 60 % des 3.500 mètres du parcours wallon de la Woltz qui ont été libérés de leurs épicéas.
Le cours d'eau va à nouveau pouvoir évoluer à sa guise, et recréer des méandres dans la plaine alluviale. La remise en lumière des eaux courantes va réamorcer le cycle de la vie, avec à la base de la pyramide alimentaire toute une flore aquatique et une faune de macroinvertébrés longtemps absentes (renoncules aquatiques, éphémères, larves de trichoptères - mieux connues sous l’appellation « casets » des pêcheurs wallons - …).
Le réseau écologique qui se rétablit dans la région va favoriser l'extension des espèces végétales et le déplacement des espèces animales les plus isolées, leur rencontre… et leurs chances d'assurer une descendance.
Après l'installation de clôtures sur la parcelle frontalière, le troupeau de moutons de race Moorschnucke dans la réserve luxembourgeoise se verra offrir 1,5 ha supplémentaires. Le maintien ouvert de ce milieu sera ainsi assuré, et avec lui un cortège de fleurs et de papillons.
Projet
Durée: 3 ans (1er mai 2004 - 30 avril 2007)
Porteur du projet: Parc Naturel des Deux Ourthes
Partenaires opérateurs: Fondation « Hëllef fir d’Natur » (GDL), Réserves Naturelles RNOB, Administration des Eaux et Forêts (GDL)
Partenaires méthodologiques: Ligue Luxembourgeoise de Protection des Oiseaux-section canton de Clervaux, Atelier Environnement Durbuy asbl, Division Nature et Forêts (DGRNE – MRW), cinq communes luxembourgeoises
Cofinanceurs: Union européenne (FEDER), Ministère de la Région wallonne (DGRNE/DNF), Ministère de l’Environnement (GDL), Administration des Eaux et Forêts (GDL