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Avant d’aborder des exemples précis de ce qu’il faut préconiser dans la gestion du territoire, le programme paysage définit d’abord des principes généraux en la matière. Pour ce faire, nous avons écouté les désirs de nombreux citoyens du Parc Naturel, nous les avons traités puis retranscrits sous forme d’objectifs. Certains objectifs valent pour l’ensemble du territoire du PNDO, ce sont les objectifs généraux. D’autres se rapportent à des espaces plus confinés, ce sont les objectifs par thématique.
Les objectifs généraux définissent ce vers quoi devrait (continuer à) tendre le paysage des Deux Ourthes. C’est à dire, en quelques mots : un cadre de vie durablement agréable, visuellement harmonieux, culturellement identitaire... Dans ce sens, il est fondamental de favoriser une diversité des paysages en favorisant la variété des pratiques agricoles et forestières, en respectant la topographie et l’hydrographie… en préservant et gérant les espaces urbanisés, en intégrant par exemple les nouvelles constructions dans le bâti traditionnel.
Les objectifs par thématiques couvrent des points plus spécifiques et plus concrets que sont : la topographie, les milieux humides, la couverture végétale, l’insertion des villages dans le paysage, les équipements, les types d’habitat et la couleur des constructions. Pour chacun de ces domaines sont définies des recommandations afin que toute implantation à venir ou existante (maison, hangar agricole, grande surface commerciale…) s’insère de façon harmonieuse dans le paysage et contribue à renforcer son identité.
Concrètement, ça donne quoi ?
Toute personne porteuse d’un projet d’aménagement prenant place sur le territoire du Parc Naturel est invitée à suivre les recommandations émises par le « Programme paysage ».
Prenons l’exemple concret d’une personne désireuse de construire sa maison au sein d’un village (ou en périphérie de celui-ci, selon les disponibilités foncières)….
1. Le choix de l’implantation
Il faut privilégier l’utilisation des espaces laissés vacants situés dans ou à proximité des noyaux villageois. En effet, nos ancêtres ont de tout temps construits leur maison tout près d’un point de rencontre. Lorsque toutes les parcelles autour de l’église étaient construites, ils aménageaient alors une nouvelle place à partir de laquelle s’articulaient d’autres ruelles. Parfois, ils plantaient simplement un arbre à la croisée de deux sentiers et bâtissaient les nouvelles fermes autour.

Habitat groupé autour de l'ancien chateau Laval (Sainte-Ode)
Les nouvelles constructions seront d’autant mieux intégrées qu’elles figureront dans l’auréole villageoise. On veillera dès lors à une utilisation économe de l’espace. La plantation de grands arbres feuillus dans le bâti accentuera également le caractère pittoresque du hameau (voir schéma ci-dessous).

Ces deux schémas montrent deux situations possibles d’extension d’habitat en bordure d’un noyau
villageois La première situation est préférable car elle densifie le noyau originel, ce qui permet de
garder le caractère groupé du village. A l’opposé, la deuxième situation est à éviter car elle
déstructure l’organisation du village par un étirement des nouvelles constructions .
Néanmoins, le législateur n’a pas eu ces considérations paysagères lorsqu’il a délimité les zones constructibles (dans les plans de secteur). En effet, de nombreux terrains à bâtir ont été dessinés en dehors du noyau villageois, le long des routes d’accès au village. Cette problématique n’a toujours pas trouvé une réponse appropriée auprès des instances concernées (la Région wallonne).
Comment réduire alors l’impact négatif sur le paysage qu’a l’effilochage d’un noyau villageois ? En nous inspirant tout simplement de la disposition générale qu’ont les bâtiments anciens dans le coeur des villages : variation du retrait de la façade par rapport à la voirie, création de points de rencontre (petit espace arboré, placette,…), densification du bâti par endroit, accompagnement végétal d’essences locales (charme, châtaignier, chêne, érable, frêne, hêtre, noisetier…).

Ces deux schémas montrent deux situations possibles d’extension d’habitat en bordure du noyau villageois.
2. Le respect du contexte bâti :
L’objectif à atteindre est la préservation et la valorisation des noyaux villageois anciens. On veillera dès lors à éviter certains standards architecturaux exogènes à l’Ardenne : fermette brabançonne, chalet suisse, ranch texan… L’implantation devra respecter les lignes du relief (les grands travaux de terrassement sont à éviter), ainsi que les gabarits, les matériaux et la taille des constructions traditionnelles.
3. Les espaces jardinés
Même si les jardins des habitations sont des espaces privés, ils participent pleinement à la composition paysagère du village. Les cours, les avant-cours et les jardinets situés en devanture doivent requérir une attention particulière ; il est possible d’assurer une transition douce entre la voirie et l’habitat.
On veillera dès lors à préserver le caractère arboré des auréoles villageoises en plantant des essences hautes tiges locales (charme, châtaignier, érable, frêne, hêtre, noisetier, loyer, tilleul, et pour les essences fruitière : cerisier à grappe, poirier, pommier, prunier…). Concernant les haies, souvent présentes à front de rue, on évitera les plantations continues de résineux (notamment de thuyas et d’épicéas), pour éviter la formation d’écrans de verdure opaque entre le bâti et l’espace public. On préférera donc les plantations de haies vives (aubépines, sureaux, sorbiers, chèvrefeuilles, églantiers, charmes, noisetiers…).
4. Une place pour l’architecture contemporaine
Qu’on ne s’y trompe pas, toute nouvelle construction sur le territoire du Parc, si elle doit être respectueuse du cadre dans lequel elle s’insère, ne doit pas non plus tendre systématiquement vers une architecture d’intégration. La présence d’une construction relevant d’une architecture contemporaine peut avoir un impact positif sur le territoire du parc si elle fait preuve de respect vis-à-vis des valeurs qui caractérisent l’environnement paysager. De nombreux exemples existent déjà au sein du Parc (voir photos ci-dessous).

Steinbach (Gouvy)

Sprimont (Sainte-Ode)
Deux exemples d’architecture contemporaine faisant preuve d’une insertion harmonieuse dans le paysage.
Le bardage en bois des maisons s’intègre naturellement dans le cadre paysager d’une région arborée comme
l’Ardenne… pour autant que les constructions respectent les autres règles du bâti traditionnel ardennais.
5. Les matériaux
A une échelle encore plus fine, le choix de la couleur des matériaux joue un rôle très important en termes paysagers. Par une réflexion sur la couleur, il faut que les constructions ne représentent pas un « coup de poing visuel » dénaturant la cohérence des paysages préexistants. On veillera dès lors à utiliser des pierres locales ou du bois, en évitant toutefois des architectures de type « chalet » ou « néorustique ». Il s’agit donc de définir une palette de couleurs inspirée des tonalités des matériaux des constructions traditionnelles propres à chaque village en veillant tout particulièrement à étudier les tonalités des bâtiments traditionnels bordant le terrain à bâtir.
Et pour l’avenir ?
Le paysage dans lequel nous vivons aujourd’hui n’est pas un objet hérité du passé que l’on ne peut plus changer. Il a évolué au cours du temps et il évoluera encore à l’avenir. L’objectif du « Programme paysage » du Parc Naturel des Deux Ourthes n’est pas d’initier des actes spectaculaires d’aménagement mais bien d’instaurer des bonnes pratiques au quotidien afin que le territoire du Parc continue à se développer tout en garantissant un cadre de vie de qualité à l’ensemble de ses usagers. Ces pratiques d’aménagement au quotidien concernent en grande partie les espaces de tous les jours : le « paysage ordinaire ». Or, ces espaces ne sont pas toujours reconnus spontanément comme ayant une qualité de « paysage », au contraire des sites exceptionnels et protégés (à l’image du belvédère des Six Ourthes).
Fort de ce « Programme paysage », le Parc et les instances communales sont désormais armés pour faire face aux évolutions futures (petites et grandes) et garantir qu’elles n’érodent pas la qualité du cadre de vie présent. Cependant, l’action paysagère ne vient pas seulement « d’en haut », elle vient aussi « d’en bas » : tout citoyen a un rôle à jouer dans la valorisation du paysage et sa préservation pour les générations futures. De petites actions simples dans son espace privé peuvent améliorer le paysage de tous. Car ne l’oublions pas : le paysage est une construction sociale au service des intérêts du présent, le mal mener revient à mal mener un espace vital
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